Gran Canaria J9

Samedi 4 novembre

La nuit fut très venteuse et parsemée d’averses, et ce matin il fait dégueulasse à Gran Canaria ! Il y a pas mal de vent et ma tente n’en est pas fort protégée. Et ce vent pousse de gros nuages qui vont éclater en averses toute la journée. C’est alors décidé, je prends ma vraie journée off aujourd’hui. En fait, ça ne s’est pas décidé si vite mais plutôt en examinant les possibilités qu’il me restait pour la fin de mon trek. Je m’oriente vers une option plus luxueuse avec nuit dans un hostel qui me permettrait de faire le sud-ouest du pays (vers Tasarte) : isolé, avec des parties sur la mer, des paysages que je n’ai pas encore eus. Mais à y regarder de plus près, cette auberge n’est pas exactement où je pensais et ne m’arrange plus guère, mais je prends quand même la décision d’aller par là-bas, en bus, le lendemain (2h tout de même). Après ces tergiversations, je passe ma journée dans ma tente, à sortir à la moindre éclaircie mais à vite rentrer car elles sont courtes. Ce blog sera créé dans cette même tente et donc sous la pluie. Allez, j’ai quand même fait une mini-balade de 20 minutes pour aller chercher de l’eau. J’ai aussi mangé comme un ogre une bonne partie de mes courses fraîchement faites, comme quoi ne rien faire, ça donne faim !

Gran Canaria J10

Dimanche 5 novembre

Réveil à 7h comme d’habitude, pas fort motivé à cause de la pluie entendue quelque peu avant. Mais aujourd’hui pas le choix ! Je regarde les horaires de bus et je vois que je dois être parti dans 45 min. Gros coup de boost et je range tout vite fait (dont ma tente toute mouillée). Je suis tout juste prêt et je vais prendre mon bus sans prendre la peine de prendre de l’eau ni rien. Le bus passe le long de la côte Sud toute touristique, ça change un peu de ma montagne. J’arrive à Puerto de Mogán et ma randonnée commence à Mogán. Je décide donc de ne pas prendre un autre bus mais de faire une petite boucle en plus à pied. Il va s’avérer que cette boucle est une grosse montée sous un soleil de plomb qui me fait perdre quelques litres d’eau, un plateau puis une grosse descente jusqu’à ma destination.

Mais les paysages sont beaux donc ça valait le coup et il fallait me remettre en jambes !

Je croise un trailer en chemin qui me demande si je sais où je vais ou si je me laisse porter par les vents. Je lui réponds que je me laisse porter par les vents mais que je compte aller à Veneguera. Il m’explique un peu le chemin puis s’en va après avoir donné à boire à son chien à la gourde.

Mogán dans le fond et Veneguera le petit village plus loin.

Je continue mon chemin, vole une banane encore verte sur un arbre (c’était trop tentant) et j’arrive à Veneguera après qu’une mini tornade me passe dessus, c’était assez impressionnant.

Là-bas je cherche en vain de l’eau et continue ma route vers Tassarte.

Je vais trouver un puits où je prendrai de l’eau pour ma nuit. Je me retrouve dans des paysages montagneux, seul au monde avec juste une route qui surplombe la montagne.

Je commence par faire sécher ma tente et quand j’ai étalé tous mes trucs, je vois que pas mal de voiture sont arrêtées sur la route qui surplombe et qui ont juste vue sur moi. Je cache un peu mes affaires et, en fait, la route est arrêtée dans les deux sens pour un accident. Coïncidence, j’avais pensé dans ma marche solitaire que je devais appeler les secours pendant la nuit parce qu’une moto s’était écrasée dans le ravin à côté de ma tente. Soit, ambulance, police et puis hélico qui tourne 20 min tout autour, qui n’arrive pas à se poser et puis qui repart : inutile.

Après, les choses rentrent dans l’ordre, je peux monter ma tente dans cet endroit plutôt pas mal. Une belle, grosse quand même, journée de reprise. Je me dis que je préfère quand même cette région de l’île.

Itinéraire du jour de Las Burtilas à presque Tasarte en passant par Mogán et Veneguera.

Gran Canaria J11

Lundi 6 novembre

Réveil en douceur sous un magnifique paysage. Aujourd’hui, je dois passer par Tasarte faire quelques petites courses puis je compte faire une grande boucle, pour laquelle je dois prendre un bus à Tasarte puis redescendre sur Tasartico.

Arrivé à Tasarte, je me rends compte qu’il n’y a que 3 bus par jour et que ce ne sera donc pas possible. Je fais mes courses, j’achète comme d’hab un peu trop, surtout que ce magasin, contrairement aux autres, avait tout ce dont j’avais besoin. Mais bon, il ne me reste plus que 3 jours de trek.

Je revois mon itinéraire et compte faire une partie de la balade prévue puis essayer d’éviter un maximum la route de Tasartico en faisant une nouvelle boucle.

Le début de la balade monte déjà pas mal et mon sac est assez lourd, ça donne chaud !

Arrivé à un premier col,

je vais monter sur le mont Visu, qui offre une des plus belles vues que j’ai eues sur Gran Canaria et j’y vois pas mal de sommets où je suis passé.

Je croise pas mal de monde sur la montée, dont des vieux Finlandais, qui viennent ici depuis 15 ans et qui ont déjà arpenté toute l’île. La vue au sommet est vraiment magique et je mange mon picnic sur le point le plus haut.

Sur la dernière photo, on peut bien voir mon itinéraire des deux jours suivants. En effet, je compte aujourd’hui aller dans la vallée, sur la mer, vers le U à gauche de la photo. Les deux jours prochains seront la traversée de la chaîne de montagne pour arriver au port à droite. Après la pause, je redescends donc toute la montagne et j’arrive dans une zone de culture où ils utilisent des sortes de serres artisanales.

C’est donc une zone vachement active, avec encore leurs systèmes d’irrigation sous toutes les formes. Arrivé dans la cuvette, je dois remonter tout l’autre versant, ce qui se fait avec un peu de peine, en me perdant mais en essayant d’aller vite pour pouvoir profiter d’un peu de soleil sur ma plage de destination. Je rencontre sur mon chemin un petit élevage de cactus qui prouve bien que ce ne sont pas tous les mêmes ! J’arrive enfin au U de la photo précédente et je prends alors la photo dans l’autre sens d’où j’étais le midi (au sommet sur la photo). Maintenant il me reste une heure à marcher sur une route, pas très fréquentée (j’ai vu 5 voitures max, surtout dans l’autre sens) pour arriver à un camping payant à coté de la plage. Ce sera mon premier en 11 nuits. La motivation d’une petite baignade, d’une bonne douche et d’une petite bière me fait avancer d’un très bon pas sur cette route qui s’avère jolie mais que je ne regarde pas trop.

Je m’oblige à m’arrêter quand même de temps en temps pour profiter du paysage environnant.

Et puis, enfin, apparaît au fond une lueur d’espoir.

J’arrive au camping, mon voisin me fait la présentation et me propose une bière, je crois, mais je n’ai pas trop compris. Je monte vite ma tente et me dirige immédiatement vers la plage avec mes fameuses cacahuètes.

Il y a des vagues et pas mal de rochers et donc j’arrive juste à me coucher dans l’eau pour le principe mais pas à nager vraiment. La douche est longue après pour essayer de rattraper 10 jours de crasse et je finis par manger, lire un peu et puis m’endormir dans ce camping paisible (le bar était bien évidement fermé !).

Itinéraire du jour : de Tasarte à Tasartico en passant par Tocodoman

Gran Canaria J12

Mardi 7 novembre

Je me réveille, le premier du camping, et je vais directement lire sur la plage, seul avec juste deux-trois pêcheurs. Je n’ose toujours pas nager et le soleil n’est toujours pas levé sur la plage, donc ce serait même un peu frisquet.

J’ai le temps aujourd’hui parce que je coupe en deux une très longue promenade de mon guide pour faire une nuit sur la plage de GuiGui, à deux heures à pied de la moindre route.

Après deux heures de lecture, je vais faire mon sac et pars pour cette randonnée. J’ai droit à une petite conversation avec la mère de la gérante du camping, dont je ne comprends évidement rien, pendant que la gérante lui crie que je ne comprends rien ! Le seul truc compréhensible, c’était « Que Vida »! Je porte 6 litres d’eau aujourd’hui parce que je suppose que je ne pourrai pas me ravitailler sur le chemin.

La montée, qui s’avère assez longue, va donc être fort dure, la chaleur n’aidant pas ! Je remarque, par ailleurs, que l’eau du camping a un peu un drôle de goût et n’est pas du tout rafraîchissante. Échec !

Mais j’arrive enfin au col, où je picnique tranquille, avec la vue sur un baracco et sur la mer dans le fond.

Je descends jusqu’à la plage, assez vite, en croisant pas mal de gens qui repartent dans l’autre sens. C’est, en effet, un petit coin de paradis connu. Il y a aussi un ou deux petits baraquements proches de la plage, habités par des locaux, apparemment.

Sur la plage, il y a un couple qui s’installe pour la nuit et une autre personne.

Je me trouve un petit coin idéal pour la nuit et je vais piquer un petit plongeon dans ce paysage divin.

Quelques autres personnes commencent alors à arriver. Cette plage va, en fait, se transformer en « hostel », avec des jeunes qui viennent y passer la nuit.

Je vais passer la soirée autour du feu avec deux Polonaises (qui font tout en stop) et un couple d’Allemands. Premier retour vers la société.

Quand il fait bien nuit, un autre groupe d’Anglaises arrive, dans le noir, à la frontale. Elles avaient croisé un couple qui remontait dans le noir sans lampe. Dans leur grande générosité, elles leur avaient donné une frontale.

Itinéraire du jour :de Tasartico à la plage GuiGui

Gran Canaria J13

Mercredi 8 novembre

Petit plongeon matinal (7h30) avant d’entamer ma dernière journée de trek et donc aussi de montagne. J’ai une vraie journée devant moi mais je pars molo, toujours avec cette mauvaise eau.

Je remonte dans un baracco anciennement cultivé par des prisonniers que Franco mettait là-bas, dans ce coin reculé du pays, où ils étaient facilement surveillés.

Je suis déjà un peu nostalgique de quitter ces montagnes et surtout cette vie de rien, à part d’eau fraîche.

Je remonte jusqu’à la seule maison vraiment habitée du coin. Je me demande vraiment comment ils font pour s’approvisionner.

J’arrive en haut, je mange mon rituel picnic : tartines au fromage du cru et saucisson.

J’abandonne enfin cette vue sur les montagnes pour un retour vers la civilisation.

J’arrive alors à la Aldea, où je retrouve la 4G que j’avais perdue depuis deux jours. Je termine ma promenade en longeant un baracco d’où je peux apercevoir l’itinéraire de mes derniers jours.

Là-bas, je vais m’installer sur une plage en galets, de surfeurs, où je fête la fin de mon trek avec une petite bière, biscuits, chips, fruits,…

J’ai aussi repéré un bon spot sur la plage pour poser ma tente, il y a juste des arbres qui pleurent une sorte de liquide par-dessus, mais je ferai avec.

J’ai aussi la visite d’un gros rat, lorsque la nuit tombe, qui essaye de me dérober mes fruits. Ça me dégoûte un peu, mais je passerai au-dessus.

Itinéraire du jour : de GuiGui à la playa de La Aldea

Pré-start : Traversée de l’Atlantique

Semaine chargée sur le bateau ici à Las Palmas. Je suis arrivé le vendredi et le changement fut assez radical avec ma montagne. Restaurants, grosses fêtes avec les autres participants de l’ARC (l’organisation qui gère la traversée des 200 bateaux), rencontre des autres équipages, séminaires, …

Pour ce qui est de l’équipage, on a Ducio à gauche, un Italien de mon âge, vachement sympa et qui fait plutôt de la régate. Il compte aussi voyager ensuite en Amérique du Sud. Vient après Andrew, ancien policier anglais, retraité et qui est le second sur le bateau. On a ensuite Pierre, un de mes amis, sans aucune expérience de navigation ! Rick et Steven, le couple anglais propriétaire du bateau.

Mais le temps était aussi à la préparation du bateau et aux courses. En soi, pas mal de trucs étaient déjà faits mais les derniers petits checks prennent vite longtemps et je suis, par exemple, resté une heure en haut du mât à tout vérifier et nettoyer.

Les courses sont un point fort important car il faut transporter de la nourriture pour 6 personnes pendant 21 jours. Avec l’eau qui va avec et des repas qu’on peut préparer vite fait dans le gros temps. On a suivi un séminaire pour savoir comment conserver la nourriture, et les légumes en particulier. On voit, sur la photo, Pierre se faire un plaisir d’emballer toutes les carottes dans du papier d’alu pour qu’elles ne pourrissent pas, par exemple.

Et puis voilà, les jours passent vite et on est prêts à partir ! La météo est compliquée pour le départ : on va aller vers le Sud, vers le Cap Vert, mais on s’attend à quelques jours sans vent… Puis après, direction Sainte Lucie avec peut-être un petit coup de vent sur la fin. On a tout ce qu’il faut pour pêcher des gros poissons et Andrew est un très bon cuisinier ! On a aussi de quoi apprendre à se servir d’un sextant pour utiliser le soleil, la lune ou les étoiles pour estimer sa position.

Le petit temps du début nous permettra d’aller faire quelques petits plongeons en plein océan et j’ai pris quelques gros livres pour m’occuper. Pour finir, une petite video qui montre un peu le bateau !

Et sinon à dans trois semaines pour de nouvelles nouvelles depuis Sainte Lucie ! Parce que pas de communication avec la terre… Et pas d’appréhension majeure, juste un peu la peur de vivre à 6 de la proximité 24h/24h sans que personne ne pète un câble. Et si vous voulez suivre le bateau pendant ce temps là, deux solutions : la plus simple suivre ce lien ( https://my.yb.tl/greygoose) et sinon installer l’application YB Races et suivre ARC et Arc plus et puis sélectionner L’ARC et suivre le bateau Grey Goose. Un peu plus compliqué mais ça permet de voir notre classement parmi les autres bateaux.

Transatlantique J1

Grand jour du départ ! La veille on s’était fait, les trois jeunes, des grosses réserves de Snacks (lion, bounty, dinosorus, kinder,…) au cas où on allait crever de faim ! Et on s’était fait un petit goûter à la boulangerie. J’avais pas lésiné sur trois viennoiseries, un chocolat fondu et un café.

Il faut savoir que ma réputation de petit mangeur a changé ! Depuis que j’ai arrêté mon trek, je mange vite et comme un ogre… Peut-être que mon corps a besoin de compenser ce qu’il a perdu.

Bref, rasés de presque près, on remplit une dernière fois notre réservoir d’eau, lave les derniers trucs et on est prêts à partir.

Pierre croise une dernière fois, Elise, la future femme de sa vie. Mais partir de Las Palmas n’est pas chose aisée. Il y a deux cents bateaux qui veulent partir en même temps. On attend donc sagement en applaudissant les voiliers qui passent et qu’on connaît.

En particulier Ah Noi, un bateau italien, dont l’équipage, qui ne va jamais dormir avant 4h du matin, ne sait pas parler anglais et dont les seuls contacts qu’on a avec eux sont des grands cris « Ah Noi » quand ils passent.

On finit par partir du port, on se fait applaudir par une foule à la Vendée Globe et on s’élance dans le petit temps vers la ligne de départ, qu’on a probablement coupée trop tôt car on n’avait pas trouvé le bateau-comité qui faisait la ligne avec un gros bateau militaire. On avance une petite heure avant que la plupart de la flotte lance ses genakers et autres voiles d’avant. C’est impressionnant de voir autant de bateaux partir pour si longtemps et qui se challengent un peu tous. On arrive alors dans une zone d’accélération des vents due à la présence des îles et on décide de lancer notre Blue Water Runner, une voile d’avant qui ressemble à deux grands génois à l’avant du bateau et qui permet de ne pas mettre sa grand voile.
On a une bonne vitesse et cette voile permet d’aller plein vent arrière et donc dans un meilleur cap que les autres. Tout va bien jusque quand la nuit arrive. J’avais la chance de faire le premier quart, mais le vent avait sérieusement augmenté et on se retrouvait avec un vent de 20 nœuds forcissant à 25. Je me sentais en régate, avec une moyenne d’un bon 10 nœuds et des surfs jusqu’à 13 nœuds. Mais ce n’était pas facile à tenir avec une mer formée et pas mal d’objets volant dans tout le bateau. Jusqu’à ce qu’une vague me pousse au tas, sans que je puisse rien faire. J’arrive tant bien que mal à rétablir le bateau. Pierre, qui dormait dans le carré, se fait éjecter de son fauteuil et Steve décide alors de suite d’affaler la voile. J’avoue que j’étais un peu tremblant… En régate ok mais ici, en croisière, dès le premier jour, ça promet ! Il faut savoir que c’était la première fois qu’ils l’utilisaient, et affaler la voile dans ces conditions fut assez épique, à trois devant, dont deux plutôt corpulents qui tiraient de tout leur poids pour faire descendre la voile qui ne s’était pas complètement enroulée comme elle le devait. Finalement, on réussit à l’affaler et on terminera la nuit sous un foc seul mais à du 7 nœuds tout de même et dans une mer agitée, donc personne ne dormira très bien. Pierre sera même fort malade, première nuit en mer agitée, inévitable. On verra aussi la terre pour une dernière fois avant longtemps et je reconnais même, avec nostalgie, quelques montagnes que j’ai traversées.

Transatlantique J2

Réveil pour moi vers 9h : après ma watch de 3 à 6h, pas le plus facile. On commencera aujourd’hui à prendre plus un rythme de quart et à avoir un peu de temps pour chacun. Premier petit check des étoiles la nuit.

Transatlantique J3

Le vent est tombé aujourd’hui, on va donc passer une grande partie de la journée au moteur. Mais pour agrémenter un peu le tout, on aura la présence des principales occupations de l’océan ! Tout d’abord, un beau lever de soleil propice aux photos ! Ensuite, on va voir nos premières baleines… Et ce n’est même pas moi qui vais les voir mais notre ami très expérimenté, Pierre. Trois, quatre, qui, contrairement aux dauphins, se languissent doucement le long du bateau. Mais contre toute attente, elles sont assez petites, en fait. On venait de parier, Ducio et moi, que le premier qui verrait une baleine pourrait manger le premier poisson pêché, mais pas celui qui n’aurait pas vu la baleine. Comme ce n’est aucun de nous deux qui l’a vu en premier, nous annulons le pari. Car bien vite vient le premier poisson. On n’a pas réussi à l’identifier et c’était probablement un bébé car il n’était pas bien grand. Il est quand même plus grand que tout ce que j’ai jamais pêché et on le coupe avec soin.

Mais le deuxième poisson va vite être attrapé et celui-ci sera un vrai poisson d’océan ! Rick va commencer une bataille d’une quinzaine de minutes pour essayer de le fatiguer et d’arriver à remonter la canne à pêche. Ce sera une belle dorade, d’environ 90 cm et 2 kg. Sa découpe va transformer le bateau en abattoir mais on est tous contents d’avoir du poisson frais à manger.

La troisième occupation sera deux groupes d’une dizaine de dauphins venant jouer avec le bateau pendant un bon petit temps. Ça n’a pas l’air d’être les mêmes dauphins que par chez nous mais ils sont tout aussi joueurs et gracieux. On verra aussi des poissons sauter à la verticale au loin, peut-être pour essayer d’échapper aux dauphins. La nuit sera très étoilée et on fera un petit repérage des étoiles dont trois planètes alignées, Mars, Saturne et une autre. Sinon, le temps de pause passe assez vite, les watchs parfois un peu moins. Je suis avec Duccio et Rick. Et bien content d’être avec Duccio, un très bon gars mais un peu dommage de ne pas avoir Pierre. Sinon on prend un peu le rythme et j’essaye de me forcer à faire mon espagnol, à lire 60 pages de mon livre de météo et à écrire ces petits messages. Au niveau de la navigation, on a des dépressions autour de nous et on traverse une passe sans vent pour essayer d’aller attraper les alizés au plus vite.

Transatlantique J4

Toujours le moteur aujourd’hui, et toute la journée malheureusement. On essayera les voiles, une fois ou l’autre, mais sans grand succès. J’ai la watch du matin (de 9h à 12h) et c’est la meilleure parce que tout le monde est actif le matin et que l’après-midi, je suis content d’avoir un peu de temps pour moi. On va avoir, durant toute la journée, des squalls, c’est-à-dire des petits grains, qui peuvent être très forts avec de la pluie. On va en éviter pas mal (on sait les repérer au radar) mais on va quand même en prendre certains sur la tête qui nous permettront d’avoir une bonne douche d’eau claire dans une bonne ambiance. L’après-midi, je vais faire mon espagnol dans ma cabine et une petite sieste et Pierre me réveille parce qu’ils sont en train de changer une drisse. Une nouvelle drisse installée avant le départ était trop fine et posait problème. Petit hot dog pas sain à l’anglaise préparé par Pierre, à midi. En préparant le repas, Pierre me fait part de ses premières impressions de petites tensions dues au capitaine qui aime bien faire des remarques qui ne mettent pas nécessairement à l’aise et je suis d’accord avec lui. Mais on en discute et on sait que c’est inévitable et que c’est le genre de choses les plus difficiles que l’on va devoir gérer : rester à 6 sur un bateau 3 semaines. Mais l’ambiance est toujours bonne, surtout avec Duccio, et on finira cette journée un peu vide d’événements en mangeant une partie du poisson. On a hâte de mettre les voiles pour éviter aussi ce genre de tensions mais on va probablement devoir un peu attendre. En plus, le pilote automatique fait un peu des siennes, on est peut-être dans une zone magnétique bizarre de la terre (c’est en tout cas ce que me dit mon smartphone). Première watch de nuit avec la lune pour la première fois, c’est sympa aussi, et quelques étoiles filantes. Seconde partie de nuit : de 3 à 6h, pas la plus facile ! Et pour faire passer le temps, on s’apprend mutuellement le français et l’espagnol avec Duccio.